Au lendemain de la publication du rapport de la Cour des comptes, quatre ministres se sont livrés à une séance d’explication face aux journalistes. Suite et pas fin. On aurait pu intituler ainsi la conférence de presse du gouvernement. Quatre ministres dont celui qui porte la porte du gouvernement ont fait face hier à la presse. Une rencontre qui fait suite à la publication, mercredi dernier, du rapport de la Cour des comptes sur la situation des finances publiques de l’Etat de 2019 au 31 mars 2024. Premier à prendre la parole, le ministre des Finances et du Budget, Cheikh Diba, a mis le curseur sur le volet pédagogique des révélations de la Cour des comptes. “La publication du rapport définitif de la Cour des comptes sur l’audit des finances publiques est une étape historique pour notre pays. Cet exercice, sans précédent, incarne la volonté ferme du Président de la République, Son Excellence Bassirou Diomaye Diakhar Faye, et de son gouvernement d’instaurer une gouvernance rigoureuse, intègre et au service des citoyens”, assure-t-il. Il annonce ensuite que “Le premier acte fort posé à (sa) prise de fonction, fut de mandater l’Inspection Générale des Finances (IGF) pour procéder à un audit approfondi de la gestion des finances publiques”. Entrant dans le détail de la procédure ayant conduit à la production du rapport de la Cour des comptes, Cheikh Diba explique : “Pendant plusieurs semaines, les vérificateurs de l’IGF ont scruté, analysé et évalué chaque engagement budgétaire et chaque dette contractée afin d’établir un état des lieux précis et incontestable. À l’issue de cet exercice, un rapport détaillé a été transmis à la Cour des Comptes, institution indépendante chargée de certifier les données et d’évaluer la situation financière nationale”.
Ensuite, à la Cour des comptes, il était assigné la mission de passer “en revue la gestion des finances publiques, sur la période 2019-2023, pour mettre en lumière des insuffisances dans les procédures et sur le plan organisationnel, et pour procéder à des ajustements sur les statistiques de finances publiques, notamment, l’encours de la dette et le déficit budgétaire”. A l’arrivée, informe Cheikh Diba, il y a eu “une photographie fidèle de la situation financière du pays”. Cette “photographie confirme et valide les constats établis par l’Inspection Générale des Finances (IGF) et met en lumière des insuffisances qu’il est désormais impératif de corriger avec rigueur et détermination”. Pour Cheikh Diba, c’est le temps des enseignements après les constats. Et là, il s’agit “de bâtir un nouveau modèle de gestion publique”. En clair, “nous nous engageons, dès aujourd’hui, à mettre en œuvre des réformes structurelles ambitieuses pour garantir la soutenabilité budgétaire et la prospérité économique de notre nation”, déclare-t-il. “Le déficit budgétaire moyen annuel de 11,1% enregistré sur la période 2019 2023 et le niveau d’endettement.
atteignant 99,7% du PIB en décembre 2023 illustrent la gravité des déséquilibres financiers accumulés ces dernières années”, rappelle Cheikh Diba. Pour y arriver, le ministre des Finances et du Budget qui dit faire siennes les recommandations de la Cour des comptes annonce des réformes en suivant la seule voie qui s’offre au gouvernement : “agir vite, avec responsabilité et méthode”. Cheikh Diba délivre son train de réformes qui s’articule autour de “trois axes majeurs” que sont : “le renforcement du contrôle budgétaire et de la gestion des investissements publics, la modernisation et la digitalisation de la gestion des finances publiques, les réformes structurelles visant une réorganisation des services impliqués dans la gestion de la dette”.
Déclinées en actions, ces réformes vont porter sur “l’amélioration de la qualité comptable et de l’information financière, la mise en place d’un système d’information intégré de gestion des finances publiques, garantissant un meilleur contrôle des dépenses et des financements. Cette modernisation permettra d’améliorer la qualité et la fiabilité des données financières, de faciliter leur accessibilité et d’assurer la sincérité des comptes publics, un contrôle plus strict des projets financés sur ressources extérieures, avec la désignation d’un agent comptable chargé du suivi comptable des projets financés sur ressources extérieures et emprunts domestiques. Cette mesure vise à assurer un contrôle rigoureux et une meilleure gestion des engagements financiers du pays et, entre autres, la réorganisation du réseau comptable pour notamment afin d’accélérer la centralisation des données, d’améliorer leur fiabilité et d’optimiser la gestion de la trésorerie”. Il plaide aussi pour “l’intégration de supports indispensables facilitera la fluidité des opérations comptables et garantira une meilleure traçabilité des flux financiers.
Le ministre Cheikh Diba recommande également la réforme de la gestion de la dette publique par un “retour à l’orthodoxie.
en matière de gestion, une centralisation des fonctions de négociation, d’utilisation et de gestion de la dette publique. Le train de réformes intègre “la création d’un service unique au sein de l’État, compétent pour la gestion des emprunts et des garanties associées, ce qui assurera ainsi une approche plus transparente et harmonisée de la politique d’endettement”. Le ministre Diba prône, dans le cadre de l’efficacité et de la transparence des finances publiques, “le renforcement du système de collecte et de fiabilisation des informations sur les finances publiques et l’instauration d’une déclaration de responsabilité personnelle de tous les agents impliqués dans la production de l’information financière”.
Lui emboîtant le pas, Abdourahmane Sarr, ministre de l’Economie, du Plan et de la Coopération a révélé que la dette accumulée était à 99,7% du PIB en fin 2023. Il a expliqué cet état de fait par une flopée de dépenses engagées “en dehors des circuits budgétaires normaux, sans autorisation parlementaire”. Il indique, ensuite, que “Ceci a été rendu facile par des pratiques budgétaires qui consistaient d’une part à effectuer des transferts budgétaires dans des comptes de dépôt de l’État afin de pouvoir effectuer des dépenses supplémentaires non autorisées et pouvoir assurer le service de la dette cachée contractée sans autorisation parlementaire”. Pour Sarr, “Les autorités sortantes donnaient des lettres de confort ou des lettres de couverture budgétaire afin que les travaux en question non prévus par les lois de finances votées puissent se faire” Il se fait, toutefois, rassurant en indiquant que “le régime de Bassirou Diomaye Faye s’attellera à réduire le déficit du Sénégal”. A l’en croire, ce déficit, projeté à 7,1% du PIB pour 2025, “sera ramené à 3% du PIB dans un horizon raisonnable de sorte à réduire également la dette à 70% du PIB comme demandé par les critères de convergence dans un horizon raisonnable. Les projets qui seront inclus dorénavant dans le budget seront strictement alignés à la vision 2050, compatible avec les lois de finances”. Au sujet de la dette, Abdourahmane Sarr assure que “l’objectif du gouvernement d’Ousmane Sonko est de ramener la dette à 70% du PIB à l’horizon 2029-2035”. Il estime que “cette trajectoire est crédible car le déficit est déjà presque à ce niveau. Ensuite, la croissance sera forte avec une croissance en moyenne de 6,5%”. D’ailleurs, la production de pétrole et de gaz qui vient de démarrer conforte la trajectoire de réduction de la dette sur la période 2025 2029 à venir. Le ministre de la Justice, Ousmane Diagne, n’a pas mis de temps pour lister les délits susceptibles d’être visés. “L’exploitation de ce document a permis de relever qu’en dehors des taux anormalement élevés de la dette, des manquements graves qui pourraient revêtir diverses qualifications pénales”. Parmi ces “qualifications pénales figurent, selon le ministre de la Justice, le faux en écriture, le faux en informatique, le détournement de deniers publics, escroquerie portant sur des deniers publics, le blanchiment d’argent et enregistrement illicite, et la complicité et recel de ces chefs. “Ces faits pourraient, à l’analyse, impliquer diverses personnes, notamment d’anciens ministres, des Directeurs Généraux, des comptables, des gestionnaires et d’autres particuliers”. Il annonce dans la foulée qu’il est “envisagé, dans le respect strict des principes directeurs de la procédure pénales, notamment la présomption d’innocence, le respect des droits de la défense, le respect du principe du contradictoire, la mise en œuvre diligente de toutes les mesures judiciaires nécessaires à l’élucidation de ces faits, l’identification complète de tous les responsables de ces irrégularités et leur traduction devant les juridictions répressives compétentes”.Auparavant, prévient le ministre de la Justice, “des enquêtes exhaustives et approfondies seront diligemment menées pour retracer les flux financiers illicites, identifier et entendre tous les auteurs, coauteurs et complices présumés, en vue d’engager des poursuites devant les juridictions compétentes, notamment la haute cour de justice, le pôle judiciaire financier”.





























