La scène médiatique sénégalaise connaît une effervescence sans précédent, marquée par l’émergence de leaders d’opinion d’un genre nouveau et communément appelés « chroniqueurs ». Audacieux et un brin téméraire pour certains, ces « bêtes de scène médiatique n’hésitent pas à défier le pouvoir du duo Sonko-Diomaye. Autrefois maître incontesté des réseaux sociaux durant ses années d’opposition, le Pastef semble aujourd’hui en perte de vitesse sur ces plateformes. Ses adversaires ont adopté les mêmes stratégies de communication, utilisant les recettes qui avaient auparavant servi Ousmane Sonko contre Macky Sall et l’APR. Cette inversion des rôles témoigne d’une adaptation rapide des forces en présence et d’une reconfiguration du paysage numérique sénégalais. Les réseaux sociaux ont bouleversé la scène médiatique sénégalaise, favorisant l’émergence de chroniqueurs 2.0 qui redéfinissent les codes du journalisme. Ces nouvelles voix, souvent issues de la société civile, apportent un regard neuf et critique sur l’actualité, bousculant les institutions et les figures établies. Abdou Nguer, Badara Gadiaga, Bah Diakhate, Abou Diallo et Ardo Gning se distinguent par leurs prises de position tranchées et leur opposition farouche au Pastef. Leur positionnement médiatique est souvent source de polémique et d’inconfort pour le parti au pouvoir. L’actualité politico-médiatique de ces dernières 72h est marquée par l’affaire Badara Gadiaga-Amadou Ba. Le chroniqueur de Jakarlo et le député du Pastef ont échangé des propos indécents sur le plateau d’Abdoulaye Der. Un malaise médiatique qui ne cesse de susciter des commentaires sur les réseaux sociaux. Si le Pastef tenait le haut du pavé en matière d’hégémonie dans les médias et sur les réseaux sociaux, cette période semble révolue. Des chroniqueurs leur donnent désormais de l’urticaire.
Abdou Nguer, le tailleur qui chamboule l’audiovisuel
Chouchou de plusieurs chaines Youtube, Abdou Nguera fait de son analphabétisme un atout. « je ne sais pas lire mais je me documente », lance-t-il fièrement. Il récuse le terme chroniqueur mais revendique son droit de commenter l’actualité en tant que profane qui se documente. Très à l’aise en wolof, Abdou Nguer a fait irruption sur la scène médiatique au moment de l’éclatement de l’affaire Sweet Beaute. Proche d’Adji Sarr, Abdou Nguer, couturier de son état, défendait avec vigueur « sa sœur » jetée en pâture par les réseaux du Pastef après ses accusations contre le Premier ministre actuel. Malgré son manque d’instruction scolaire, Abdou Nguer a une capacité à décrypter les enjeux politiques avec une aisance déconcertante. Malgré les critiques concernant son parcours académique, il s’impose comme une voix incontournable du paysage médiatique sénégalais.
Badara Gadiaga, l’homme qui fait trembler le Pastef
Chaque vendredi, les téléspectateurs de la TFM attendent avec impatience les analyses de Badara Gadiaga. Fort de son expérience politique au sein de Rewmi d’Idrissa Seck et à la mairie de Dakar, le fils du défunt Bathie Gadiaga, cadre de Rewmi, s’est imposée dans l’espace audiovisuel. Il n’hésite pas à critiquer les actions du pouvoir, qu’il s’agisse de l’ancien régime de Macky Sall ou de l’actuel gouvernement du Pastef. Vendredi dernier, son duel avec Amadou Ba va entrer dans les annales de la télévision sénégalaises en raison de la violence de l’échange. Fait inédit, la formation politique Pastef-Les-Patriotes s’est fendue d’un communiqué pour s’offusquer de ce qu’ils considèrent comme une dérive inacceptable.
Bah Diakhaté : de militaire à activiste républicain
Bah Diakhaté, originaire de Pikine Ouest, a eu un parcours atypique. Après des études au lycée Limamoulaye de Guédiawaye, il intègre le Centre d’instruction militaire Dakar-Bango et devient soldat d’infanterie, participant notamment aux opérations en Casamance. À la suite d’une mission en République démocratique du Congo, il démissionne de l’armée. Il s’oriente ensuite vers la religion, dirigeant la prière à la mosquée Ibadou Rahman de Pikine, avant de s’engager en politique en tant que chef de cabinet du maire de Pikine Ouest, Pape Gorgui Ndong. En 2020, il lance la plateforme « Baatu Deug » TV, initialement dédiée à la sensibilisation, mais qui devient rapidement un espace de critique envers l’opposition, notamment Ousmane Sonko. Ses prises de position lui valent des démêlés judiciaires. Il est le premier detenu politique du régime de Diomaye Sonko en mai 2020.
Bachir Fofana, journaliste, communicant et chroniqueur anti-Pastef
Bachir Fofana, ancien directeur de la communication de l’Agence pour l’Économie et la Maîtrise de l’Énergie (AEME), s’est distingué par ses critiques virulentes envers le parti Pastef et son leader, Ousmane Sonko. En août 2024, il a été limogé de son poste pour insubordination, une décision intervenue après ses déclarations publiques dénonçant le manque de clarté du projet politique de Sonko, qu’il a qualifié de « Naxee MBaaye », et considérant sa communication comme une « déclaration de guerre » contre la presse. En avril 2024, lors d’une émission sur iTv, Fofana a suscité une controverse en critiquant la nomination du Général Jean-Baptiste Tine, de confession chrétienne, au poste de ministre de l’Intérieur dans un pays majoritairement musulman. Face à l’indignation suscitée, il a présenté des excuses publiques à la communauté chrétienne et aux Sénégalais. En mars 2025, Fofana a réagi à un communiqué du bureau politique de Pastef dénonçant les « insultes et grossièretés » de certains chroniqueurs dans les médias. Il a rappelé que Sonko lui-même avait utilisé des termes tels que « fenn » (menteur) à l’encontre de diverses personnalités, soulignant l’ironie de voir Pastef condamner des pratiques qu’il aurait lui-même employées par le passé.
Abou Diallo : un redoutable polémiste contre Sonko
Chroniqueur à la Sen TV, Abou Diallo a été condamné à trois mois de prison avec sursis pour diffusion de fausses nouvelles en janvier 2025. Son procès, largement médiatisé, a mis en lumière les tensions entre les médias et le pouvoir judiciaire. Malgré cette condamnation, il continue de jouer un rôle actif dans le paysage médiatique, n’hésitant pas à tacler le régime actuel et le leader du Pastef, Ousmane Sonko. Régulièrement sur la chaine Youtube Public du journaliste Aissatou Diop Fall, Abou Diallo, ancien du Mouvement du 23 Juin, est un activiste de la société civile connu pour son franc-parler.
Ardo Gning : l’activiste en prison
Ardo Gningue, activiste bien connu pour ses prises de positions contre le Pastef, a comparu le 19 mars dernier devant le tribunal des flagrants délits de Dakar pour des propos jugés contraires aux bonnes mœurs. Le parquet a requis une peine de six mois, dont trois mois fermes, contre lui.




























