Ce week-end, le PM Sonko a déclaré la guerre à la mendicité des talibés, un phénomène face auquel les PM Abdoul Mbaye et Souleymane Ndéné Ndiaye n’avaient pas eu gain de cause. C’est en prenant part à la randonnée pédestre pour la promotion des droits et la protection des enfants que le Premier ministre Ousmane Sonko s’est insurgé contre la mendicité publique sous toutes ses formes. “Aucun d’entre nous ne souhaite voir un enfant, en plein froid, arrêté à un feu rouge, vêtu de vêtements trop légers, exposé à de nombreux dangers, en train de mendier pour le compte d’une autre personne”, s’est indigné le PM Sonko. “Cette situation ne peut plus être tolérée. Elle est inacceptable. L’État prendra ses responsabilités”, a-t-il prévenu. Il a indiqué que le phénomène va au-delà des enfants qui paient un lourd tribut. Sans mettre de gants, Ousmane Sonko a plaidé pour la disparition du fléau. “La semaine dernière, j’ai demandé au secrétaire général du gouvernement d’intégrer dans la communication pour la prochaine réunion du Conseil des ministres, un point sur la mendicité publique. Il y a beaucoup d’enfants mendiants au Sénégal et personne ne souhaite voir son enfant errer dans les rues sous le froid et bravant d’innombrables dangers pour apporter de l’argent à un adulte censé lui inculquer une éducation religieuse. Rien ne peut justifier cette pratique”, a martelé le PM Sonko. A l’appui de son appel, il dit : “Tout à l’heure, Madame le ministre Maïmouna Dièye m’a révélé que ces gens qui exploitent les enfants dans les rues ont amélioré la mendicité en utilisant des code QR des mobiles money. Cela s’appelle la professionnalisation de la mendicité des enfants. C’est inacceptable au Sénégal ! Nous allons prendre les mesures idoines pour y mettre fin”, alerte-t-il.
Le fléau s’est adapté à l’ère du temps, d’autant qu’à la place des pièces de monnaie se trouvent les transferts par Wave, Orange money, free money, etc. En témoigne, la photo d’un jeune mendiant muni d’une sébille où a été collé le code QR de Wave. Une photo qui a suscité une vague de réactions sur les réseaux sociaux. Un tournant du phénomène de la mendicité qui ne laisse guère indifférentes les plus hautes autorités de la République, à commencer, sans doute, par le PM Sonko. Le Premier ministre n’a pas occulté la lancinante question des daaras face à laquelle la plupart des gouvernements ont buté. C’est une priorité pour le Chef de l’État, a indiqué le PM Sonko, car “les enfants qui fréquentent ces écoles coraniques font également partie de la force vive du pays et doivent participer au développement du pays”. Il poursuit : “C’est pour cette raison que le Président a pris beaucoup d’initiatives pour la modernisation des Daaras notamment à travers la digitalisation”.
LE PARI RISQUE DU PM
En vérité, le PM Sonko s’est engagé sur un terrain qui n’a pas réussi à nombre de ses prédécesseurs.
En mars 2013, une dizaine d’enfants mendiants, talibés, qui avaient été confiés à un maître coranique sont morts brûlés vifs dans l’incendie de leur chambre, pendant qu’ils dormaient. L’émoi national suscité par ce drame avait poussé les autorités a s’attaquer au phénomène. Juste après le drame de la Médina, le président Macky Sall avait promis “des mesures très sévères” contre l’exploitation des enfants talibés. Des mesures censées s’appliquer à tous ceux qui organisent la mendicité des enfants. A sa suite, le Premier ministre, Abdoul Mbaye, avait annoncé que son gouvernement allait vers “l’interdiction totale” de la mendicité des enfants dans les rues. Pour le chef du gouvernement d’alors, “il est important de dire qu’il ya daara et daara. Il existe des lieux organisés au sein desquels des enfants sont reçus et reçoivent l’éducation en langue arabe, apprennent le Coran puis sont pris en charge par des enseignants honnêtes et de qualité. (…) Il y a également des faux marabouts qui profitent de l’existence de cette tradition dans notre pays de l’enseignement du Coran et qui organisent la mendicité des enfants, je dois même dire l’exploitation des enfants”, avait ajouté M. Mbaye. Malgré sa volonté farouche d’en finir avec ce fléau, Abdoul Mbaye s’est toutefois heurté aux Imams et prédicateurs qui ont dénoncé la volonté du gouvernement de lutter contre la mendicité des enfants talibés. Des organisations de maîtres coraniques se sont insurgées contre la volonté du gouvernement d’interdire la mendicité des enfants dans la rue. Ils s’étaient déclarés “meurtris et indignés” par ce projet et avaient menacé de “marcher sur le palais présidentiel”. Son prédécesseur, Me Souleymane Ndéné Ndiaye, PM sous Wade s’était attaqué au phénomène. Sans succès. Au sortir d’un Conseil interministériel consacré à la lutte contre la traite des personnes, le PM Ndiaye avait engagé une lutte contre la mendicité. “La mendicité est un délit, mais le fait pour un talibé ou toute autre personne d’aller à un lieu de culte et recevoir de l’aumône là-bas n’est pas assimilé à de la mendicité”, avait dit le Premier ministre. Aussitôt déclaré, la lutte contre le fléau avait vu des agents de police descendre dans les rues et autres avenues bien connues à Dakar pour sortir les Talibés de la rue. Mais, en conseil des ministres, le Premier ministre Souleymane Ndéné Ndiaye se heurte à l’opposition du chef de l’Etat Abdoulaye Wade. Le président de l’époque s’était, en effet, insurgé contre l’interdiction de la mendicité au Sénégal, qu’il considère comme conforme à l’Islam. “Revenant sur la mendicité dans notre pays, le président de la République, considérant que l’aumône est une pratique recommandée par la religion, avait exprimé son désaccord par rapport à son interdiction”. Toutefois, le Chef de l’Etat a préconisé, à en croire le communiqué officiel, la rationalisation de cette pratique par une mutualisation de l’aumône au niveau national. C’est dire que le Premier ministre Ousmane Sonko s’attaque à un phénomène qui a longtemps perduré malgré les annonces fortes des différents Premiers ministres des deux régimes précédents




























